Stupeurs

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dimanche, mars 14 2010

L'homme, c'est sensé être ça...

L'idée ? Les papas parlent aux papas. Car oui, les pères d'aujourd'hui ont envie de s'exprimer. " Coincés entre les modèles de Charles Ingalls et de Clint Eastwood " disent-ils, " entre Tarzan et Nestor, le majordome" en permanence tiraillés entre l'envie d'être un bon père qui lit Petit Ours Brun à son enfant le soir et celle d'aller se mettre une mine au bar avec les potes.

Sommés de rentrer chez eux quand Bébé a de la fièvre, mais prêts à subir les collibets des collègues qui s'empresseront de rire: "Ah aha, ta femme peut pas le faire ? Tu l'allaites, aussi ?" On leur demande d'accepter de gagner moins que leur femme, mais de trouver des deniers pour l'inviter en week-end surprise à Deauville, de ne pas perdre leurs cheveux, d'être ému à la naissance de leur fils mais sans pleurer - un homme ça pleure pas - et puis, surtout, de se taire, car ils n'ont pas vécu d'inégalités hommes/femmes depuis 5 siècles, et parce qu'ils n'ont pas eu d'épisiotomie.

C'est ici.

Tous les poncifs possibles sur ces pauvres hommes qui ont la vie quand même vachement dure. J'ai vraiment du mal à me sentir un quelconque lien avec ça, mais c'est parce que je dois être un mauvais père (ou en tout cas un très mauvais modèle masculin).

Tant mieux.

vendredi, mars 12 2010

Déçu...

Le dernier album de Damien Saez a une couverture... discutable.

Une femme nue dans un chariot de supermarché. Le nom de l'album, "j'accuse".

Cette affiche a été refusée d'affichage dans le métro et sur les kiosque. Sur cette interdiction, je ne peux que souligner (comme lui) le caractère ridicule. Il suffit de regarder les pubs pour les galeries lafayette qui parsèment le métro pour se dire qu'il y a deux poids deux mesures.

Par contre, je suis déçu par cette couverture. Cette photo fait partie d'une dénonciation de la marchandisation, il suffit d'écouter les chansons et discours de cet artiste pour s'en rendre compte. Le problème, c'est que le visuel seul ne le démontre pas. Le fait qu'il soit nécessaire d'avoir d'autres informations pour en comprendre le sens est gênant, puisqu'au final, l'oeil non averti peut comprendre le message inverse.

A noter tout de même que ce n'est pas la première fois que la logique anti-capitaliste se prend les pieds dans le féminisme (voir par exemple la candidate portant le voile du NPA).

mercredi, mars 10 2010

Penser avant de parler...

Un billet me fait penser à combien il est nécessaire de faire attention quand on parle de violences sexuelles. Dans ce billet, l'auteure parle des horreurs qu'on lui a dites suite à la révélation du viol qu'elle avait subi.

Avoir un minimum de jugeote quand on s'adresse à une personne qui a subi un viol ne semble pas extraordinaire, mais déjà c'est pas gagné. Alors quand on ne sait pas qu'on s'adresse à une personne qui a subi un viol?

Le nombre de victimes d'abus sexuels est énorme. Les estimations font état de 50000 (ENVEFF) à 90000 (Amnesty) viols par an en France. Rapporté au nombre de femmes d'une classe d'age, soit environ 370000, on obtient une proportion estimée (si on considère le chiffre de 50000) de 13,5%.

Cela veut dire que qui que vous soyez, vous avez très probablement dans votre entourage une ou plusieurs femmes qui ont subi un viol. Même si vous ne le savez pas. Et c'est pour ça qu'en toutes circonstances, il faut faire attention à ce que l'on dit sur ce sujet. Parce que même (surtout?) si c'est involontaire, ça fait mal de la même façon.

lundi, mars 8 2010

Pas original...

Je ne vais pas être très original pour ce billet. Tous les ans, le 8 mars est sensé être la journée pour les droits des femmes. La traduction dans pas mal de médias devient "journée de la femme".

Le glissement sémantique est loin d'être anodin. En fait, il y a deux différences de formulation; le premier est l'oubli de la partie "pour les droits" et le second est le passage du pluriel "des femmes" au singulier "la femme".

Qu'est-ce que cela nous dit?

L'oubli de "pour les droits" permet de banaliser le but de cette journée. La journée pour les droits des femmes montre clairement qu'il y a encore besoin de se battre pour faire valoir ces droits. La journée de la femme fait penser à un hommage ornemental et purement symbolique. Par exemple, dans le métro parisien, il n'est pas rare de voir des distributions de fleurs aux femmes ce jour là. Et de se poser la question de savoir si l'argent dépensé pour cela ne serait pas plus utile, au choix, pour la prévention des violences conjugales, la prévention des violences sexuelles, la promotion de l'égalité salariale, ce genre de choses qui montrent combien les droits des femmes doivent encore être défendus!

Le passage "des femmes" à "la femme" est aussi intéressant. On passe de la richesse de la multitude, avec ses différences inter-individuelles, à l'iconification de LA femme. Il s'agit comme toujours d'imposer un modèle de la femme parfaite, au hasard pure, belle, dévouée, bonne mère et épouse, gentille. Les femmes ne doivent pas se déterminer elles mêmes, mais au contraire se conformer à un idéal. Et cet idéal est bien masculin.

Tout ça nous montre que le combat pour les droits des femmes est plus qu'utile, mais qu'il est bien difficile à mener quand même les organes de cette lutte, comme le 8 mars, sont repris et déformés par le système sexiste qui nous entoure.

samedi, mars 6 2010

Nombre de partenaires sexuels

Un peu vieux mais toujours aussi symptomatique, une enquête INSEE avait montré l’évolution du nombre de partenaires en fonction des sexes. Sur une vie, celui-ci est passé pour les femmes de 1.8 en 1970 à 4.4 en 2006 contre une stabilité autour de 11 pour les hommes.

Ces nombres sont débiles. En considérant qu'il y a autant de gays que de lesbiennes, le nombre de partenaires moyen des hommes et des femmes est forcément égal. Si un homme a une nouvelle relation avec une femme, l'inverse est nécessairement vrai. Donc si chaque homme a en moyenne 11 relations dans sa vie, chaque femme a aussi en moyenne 11 relations.

Que nous dit cette étude, alors? Uniquement que les femmes ont moins tendance à minimiser le nombre de relations qu'elles ont eu qu'avant; ce qui est positif en ce sens qu'il est socialement de plus en plus accepté qu'une femme puisse avoir de multiples relations dans sa vie. On voit tout de même que la pression reste forte et que le nombre de relations est moins valorisé chez les femmes que chez les hommes puisque l'écart reste important. Le nombre réel est probablement plus proche de la moyenne des deux, entre 7 et 8, avec des hommes sur-évaluant ce qui est vécu comme une réussite et les femmes sous-évaluant ce qui risque d'être considéré comme un comportement incorrect. Autant un homme pourra toujours se glorifier d'être un tombeur, autant la ligne est délicate pour une femme: d'un côté, une certaine pureté féminine, et de l'autre les filles faciles. Il reste très difficile pour une femme d'avoir la sexualité qu'elle veut sans être jugée à l'aune de critères sexistes.

jeudi, mars 4 2010

Le consentement, c'est sexy!

Suite de mon post sur le consentement enthousiaste, une campagne d'affiches sur le thème de "consent is sexy".

Exemples (traduction rapide):

Le donnez vous? Soyez sûr que vous le voulez autant qu'elle le veut. Demandez vous d'abord "suis-je d'accord?". Donnez votre consentement. Ou ne le donnez pas. C'est toujours votre choix. Le sexe avec le consentement est sexy. Le sexe sans consentement est un viol. Respectez vous. Respectez votre partenaire.

L'obtenez vous? Soyez sûr qu'elle le veut autant que vous le voulez. Ayez son consentement. Demandez lui d'abord "es tu d'accord?". Et respectez sa décision. Le sexe avec consentement est sexy. Le sexe sans consentement est un viol. Respectez vous. Respectez votre partenaire.

Acceptable de dire non? C'est toujours acceptable de dire non. Vous pouvez ressentir que vous n'êtes pas prêt pour le sexe dans votre relation. Vous pouvez avoir de fortes croyances à propos du sexe avant le mariage. Vous pouvez avoir accepté puis changé d'avis. Ne vous croyez jamais obligé de donner votre consentement. Vous avez toujours le choix. Ayez confiance en vous. Soyez affirmatifs. Respectez vous. Respectez votre partenaire.

Non veut dire non. 'non' Veut dire qu'il est temps de s'arrêter. Ca ne veut pas dire 'ralentis'. Ca ne veut pas dire 'continues d'essayer jusqu'à ce que je cède'. Ca ne veut pas dire 'oui, mais je ne veux pas céder trop facilement'. 'Non' veut dire 'non' et tout le monde devrait le respecter. Uniquement parce que vous êtes dans une relation ne veut pas dire que vous avez toujours la permission d'avoir des relations sexuelles avec votre partenaire. Demandez d'abord. Le sexe avec consentement est sexy. Le sexe sans consentement est un viol. Respectez vous. Respectez votre partenaire.

mardi, mars 2 2010

Des policiers qui nous protègent...

Un fait divers est relaté ici. Des policiers sont accusés d'avoir abusé de leur autorité pour violer une prostituée dans leur fourgon suite à une arrestation pour racolage passif. Ce n'est pas la première fois que de tels faits sont rapportés. Je veux tout de même m'arrêter à leur défense:

les trois fonctionnaires accusés du viol ont reconnu avoir eu des relations sexuelles avec la plaignante, mais affirment qu'il s'agissait de relations consenties

Heu... Ils reconnaissent avoir embarqué cette femme dans leur fourgon de police, puis avoir eu des relations sexuelles avec elle, mais ils considèrent que c'était consenti? Personne ne leur a expliqué qu'ils étaient en position d'autorité, donc de contrainte, et que donc le consentement est caduc quand bien même il serait prononcé? Aucun d'eux n'a eu l'état d'esprit d'y penser?

lundi, mars 1 2010

Hé! Blonde! Tu touches?

... où l'auteur est déprimé.

En déplacement pour mon travail, nous sortions entre collègues pour dîner en ville lorsque, à l'arrêt de bus, la seule femme de notre compagnie de six fût interpellée en ces termes.

Hé! Blonde! Tu touches?

Accompagnée de gestes obscènes, cette interpellation eût pour effet un stress évident chez ma collègue, mais l'histoire s'est arrêté là.

Ce type d'incident est extrêmement fréquent. C'est une agression verbale permanente que les femmes subissent dès qu'elles sont dans l'espace public. Je ne peux m'empêcher de me demander comment on en arrive là, à ce que des hommes se sentent autorisés à avoir ce genre d'attitudes.

Pourquoi le faire? Son objectif n'est clairement pas d'avoir une relation avec une femme, puisque même en n'étant pas très fin, l'auteur de cette citation doit bien se douter qu'il ne va pas arriver à grand chose. Sous la surface sexuelle, c'est au contraire la place de la femme qui est visée. Le message implicite étant qu'à partir du moment où elle est dans l'espace public, une femme est à la merci de tout connard du bon vouloir des hommes. C'est une démonstration de domination, de pouvoir. C'est parce que les femmes sont perçues comme des cibles faciles qu'ils se permettent cela. C'est d'autant plus facile que le risque est quasi-nul.

C'est une situation où on se sent totalement impuissant à changer quoi que ce soit. A part l'évidence, c'est à dire s'assurer que l'agression reste à un niveau purement verbal, que peut-on faire? Dans l'anecdote du début, je n'ai rien fait d'autre que physiquement écran entre ce type et ma collègue. Devais-je répondre? La crainte de dégrader la situation d'une agression verbale à une agression physique,et le sentiment que quoi que je dise, cela ne changerait rien à son comportement ultérieur m'en ont retenu. Maintenant que j'y pense au calme, peut-être le risque en vaut il la chandelle. C'est aussi parce qu'ils ne sont jamais en face de la réprobation sociétale qu'ils peuvent se permettre leurs actions (bien sûr, certains recherchent cette réprobation). Je ne sais pas.

Au final, à part éduquer nos fils au respect des autres, je ne vois pas de solutions et ça me déprime!

samedi, février 27 2010

Chatroulette, à l'image de notre société...

... où l'auteur évoque la neutralité de l'outil contre la réalité sociale.

Background

Un jeune russe a une idée à l'intersection des réseaux sociaux et des sites de rencontres, un concept simple et puissant: l'utilisateur branche sa webcam, et va être connecté au hasard avec un autre utilisateur. Chaque fois qu'un des participants en a marre de son partenaire actuel, il peut changer et est connecté à un nouvel utilisateur. C'est du speed-dating à l'ère de l'internet, en gardant bien à l'esprit que l'idée est celle de la rencontre au sens large, pas forcément amoureuse.

Et alors?

C'est un outil parfaitement neutre, qui est ce qu'on en fait. Et qu'en fait-on? Les retours actuels tendent à montrer que si on peut avoir des discussions sympathiques, on a aussi pas mal de risques de tomber sur un homme nu en train de se masturber.

On ne peut pas dire que ce soit une surprise énorme. Comme d'habitude avec ces affaires, la réponse va s'arrêter à ce constat et proposer de bloquer le site pour les mineurs.

Mais pourquoi se retrouve-t-on dans cette situation? Pourquoi est-ce que des hommes à qui on propose de discuter par webcam interposée se disent "et si je m'exhibai au monde entier", sachant pertinemment que des enfants peuvent les voir? Même en mettant le cas particulier des enfants de côté, on peut s'imaginer que même ceux qui s'exhibent se doutent bien que peu de leurs correspondants en ont envie.

Quel est le mécanisme du passage à l'acte? Il est évident que le sentiment de protection du filtre de l'internet (je me crois anonyme, c'est une parenthèse qui n'a pas d'effet sur ma vie "réelle") joue un rôle important. C'est aussi la facilité et l'atténuation de la crainte du châtiment qui explique que des hommes qui ne s'exhiberaient pas dans la rue le font sur Chatroulette. Mais si ce n'était que cela, il y aurait autant de femmes que d'hommes qui s'exhiberaient, or ce n'est pas le cas.

L'état d'esprit derrière ces comportements peut être de plusieurs sortes. La première est "j'ai envie de me faire plaisir, et je ne tiens pas compte du fait que cela ne fasse probablement pas plaisir à ceux qui seront touchés par mon comportement". C'est égoïste mais presque innocent. La deuxième est "j'ai envie de me faire plaisir, et ce plaisir sera augmenté parce que cela ne fait pas plaisir à ceux qui me verront". C'est ajouter une perversité sociale dans le sens où c'est le fait de choquer, de prendre par surprise qui provoque le plaisir. Et il doit y avoir d'autres motivations.

Je suppose qu'il faut y ajouter des notions comme le transgressement de l'interdit, dont s'affranchissent plus les hommes parce que la pression sociale de suivi des normes est moins forte pour eux. Il se trouvera toujours une bonne âme pour dire qu'ils ont des pulsions qu'il faut bien assouvir, ces pauvres hommes...

vendredi, février 26 2010

Oui veut dire oui...

... où l'auteur essaie d'appeler un chat un chat.

Une campagne intéressante menée contre les violences envers les femmes et plus particulièrement concernant la prévention des viols propose de modifier le slogan Non veut dire non (No means no) par Oui veut dire oui (Yes means yes)

Le site officiel est ici.

En préambule, sachant que l'immense majorité des victimes de ces agressions sont des femmes, j'utilise le terme "femme" au lieu de "personne". Cela ne signifie pas que j'ignore les hommes ayant subi ces atteintes, juste que le féminin l'emporte au vu de la proportion des faits. En conséquence, et pour une fois, les femmes incluent les hommes et non inversement. Rappelons par ailleurs que, contrairement aux idées répandues, les viols ne sont pas majoritairement perpétrés par des inconnus au fond d'une ruelle sombre ou d'un parking mais au contraire par des connaissances.

J'admire cette idée simple mais tellement puissante. Non veut dire non sous-entend que dans une situation de violence, de contrainte ou autre, c'est à la personne en train d'être agressée de signifier son refus. L'effet pervers de cette philosophie est qu'en l'absence de ce refus clair pèse une présomption d'acceptation. Or, dans de nombreux cas, la femme est dans l'incapacité d'exprimer ce refus (alcool, drogue, peur/stupeur, contrainte psychologique, etc...). Sans compter qu'un "peut-être" est un peut-être et ne signifie pas vraiment une motivation extraordinaire pour l'acte proposé (et devrait faire renoncer toute personne non guidée par ses hormones sensée). Cela laisse une zone "grise" dans laquelle savoir si le partenaire a consenti ou non est extrêmement difficile.

Au contraire, "Oui veut dire oui" se base sur l'idée de consentement enthousiaste. Seul oui veut dire oui, et si on n'a pas ce oui, quelle que soit la situation, et bien c'est non. Il s'agit juste de respecter les envies de l'autre, et pour cela le moyen le plus simple est de n'avoir pas de doute dessus. Cela veut dire que houspiller sa copine jusqu'à ce qu'elle accepte une relation est un viol, parcequ'elle n'en a clairement pas envie et qu'un oui sous la contrainte n'est pas un oui enthousiaste. Cela veut dire que peut-être n'est pas un oui, et que jusqu'à ce que sa partenaire choisisse, il n'est pas autorisé d'aller plus loin. Cela veut dire que quelqu'un rencontré en soirée et étant dans un état alcoolique avancé n'est pas capable de consentir, par exemple. Et que coucher avec cette personne équivaut à un viol, pour la simple et bonne raison que personne n'est capable de savoir ce qu'elle aurait dit et fait si elle n'avait pas été dans cet état.

L'autre avantage du "Oui veut dire oui" est qu'il bascule la responsabilité du consentement sur celui qui cherche à avoir une relation. C'est à lui de s'assurer que l'autre veut bien, et non à l'autre de s'assurer que lui a bien que comprit que l'autre ne voulait pas. Tellement plus naturel, non?

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